Le Papotin

Présentation

Le temps du Papotin

Le journal Le Papotin s’est inscrit, dès sa création, il y a vingt ans, dans un rythme qui alterne des temps forts et des temps lents. Ces mouvements peuvent coexister en même temps dans l’espace d’une séance de rédaction : les jeunes Papotins ne vibrent pas tous aux mêmes stimulations.  Mais pour le groupe entier, cette alternance  fait l’effet d’une houle qui berce et qui rassure.

A cette allure nous avons parcouru vingt ans de temps de poète, celui du temps éternel qui ne s’écoule plus. Le décor qui fut posé à la première réunion de rédaction, il y a 20 ans, est le même : Arnaud est toujours habillé en Arnaud, de même que Grégory, de même que Thomas, de même que Stéphane de même que les autres qui sont arrivés au fil  des années chacun avec sa marque d’origine. Les adultes accompagnants se laissent gagner quand à eux, par quelques frivolités que les Papotins relèvent à chaque fois avec délicatesse, un peu comme on compatît  à une infirmité. Cela nous protège des variations intempestives, des changements futiles, des modes innovantes qui puisent leur originalité dans le « rétro », des styles « dessins d’illusionnistes » qui nourrissent la consommation.

On est là très clairement dans un espace à part sans cependant revendiquer aucun intégrisme ni aucune résistance féroce au changement. La stabilité du cadre permet d’aller au plus loin dans l’expression de sa pensée et d’entendre, sans se sentir agressé, celle de l’autre, originale, différente et des fois en totale opposition avec la sienne. Nous prenons en compte nos différences qui ne sont pas des apparences mais des réalités. On ne cultive pas de genre : chaque rédacteur, chaque Papotin est un destin.

Chaque réunion du comité de rédaction, chaque mercredi, est un moment unique. D’abord, parce qu’il est rare qu’un lieu réunisse autant de personnalités aussi fortes sans causer de troubles (l’allusion est facile, je n’ai pas résisté), ensuite ce qui se fait est d’une rare cohésion. Nos invités la voient souvent comme l’expression d’une grande  tolérance. Et puis, c’est la constance du propos : on s’arrête très peu sur le fait divers, sur le cancan, sur le trivial. On est continuellement dans ce qui fait sens à la vie : l’amour, la solitude, la maladie, la famille, l’amitié, le voisin et puis soi-même sans forfanterie et sans fausse modestie. Chacun apporte sa quotepart : qui un texte, qui un mot, qui un sourire, qui une tirade, qui un ronflement paisible ou intempestif, qui une caresse, qui un rire. Ce matériel, non exhaustif, est la marque de fabrique du journal Le Papotin. Le produit, même signé, est habité par le collectif. Vous l’avez sous les yeux.  Ce numéro daté « septembre 2009 » vous propose des interviews de personnalités dont la dernière, celle de Stéphane Hessel a été réalisée le 20 février 2008. C’est dire à quel point nous ne sommes pas dans l’air du temps. On n’est pas pour autant hors du temps commun : rien de ce qui est livré n’est dépassé, ni périmé. J’ai l’impression d’être dans une continuité qui échappe à toute  contingence. Pour une entreprise aussi fragile c’est là, un paradoxe et non des moindres.

C’est un privilège d’être aux avants postes de cette synergie qui maintient vivante la même excitation, la même curiosité, la même surprise, la même attente. Nous comptons profiter encore de ces temps longs et longuement et éviter toute rupture.

Driss El Kesri