Le Papotin

Interviews

Numéros 19/20 -

Interview de Romane Borhinger

Interview de Romane Borhinger

 

Arnaud : Romane, tu fais jeune fille, mais tu as une bonne tête en tous les cas. Qui es-tu Romane ?

Romane : C’est une grande question !

Arnaud : Qui est-tu Romane ?

Romane : Je ne sais pas.

Arnaud : Alors pourquoi tu es venue au Papotin ?

Romane : Parque Howard m’a convié et j’avais envie de vous rencontrer.

Arnaud : Est-ce que cela t’est égal que je te tutoie ou que je te vouvoie ?

Romane : Je me sentirais mieux si tu me tutoies.

Arnaud : Moi aussi je préférerais que tu me tutoies.

Florent : Est-ce que vous avez souffert de la popularité de votre père ?

Romane : Non, j’ai toujours pris cela comme quelque chose de simple.

Florent : Depuis combien de temps êtes-vous actrice ?

Romane : Depuis l’âge de dix ans.

Florent : Quelle a été votre premier rôle ?

Romane : C’était dans une pièce de théâtre de Shakespeare qui s’appelle La Tempête. Ça a duré pendant un an.

Florent : Vous jouiez le rôle d’Arielle ?

Romane : Non, je jouais le rôle de la jeune princesse Miranda.

Florent : Est-ce que de tous les rôles que vous avez tenus, vous avez une préférence pour tel ou tel rôle ?

Romane : En fait à chaque fois que j’ai choisi de jouer, c’était sur un coup de cœur. Donc je les aime tous…à chaque fois c’est très long, ça prend six mois dans la vie…c’est beaucoup d’émotions.

Florent : J’ai lu que vous venez de jouer dans un film sur Rembrandt, quel rôle vous aviez ?

Romane : J’ai joué la dernière femme de Rembrandt, la femme qu’il avait quand il était pauvre…

Arnaud : Romane, vous vous tutoyez Howard et toi ?

Romane : Oui.

Emmanuelle : Arnaud, qu’est-ce que tu penserais de faire une manif avec plein de gens dans la rue pour abolir le vouvoiement ?

Arnaud : Quand même pas.

Emmanuelle : Comment cela t’est venu de faire actrice ?

Romane : Je ne sais pas très bien…J’allais souvent sur les tournages où jouait mon père quand j’étais petite, je l’ai accompagné souvent, j’aimais bien être sur les plateaux. Je m’ennuyais à l’école, je n’étais pas heureuse, et puis un jour la chance m’a souri avec cette pièce de théâtre.

Emmanuelle : Qu’est-ce qu’il a dit ton père ?

Romane : Au début, il n’était absolument pas content du tout, parce qu’il avait très peur. Il voulait que je finisse mes études, que je passe mes examens. Et puis il a fini par être très content.

Emmanuelle : Du coup, s’il décidait d’arrêter sa carrière, son nom continuerait à être à l’affiche.

Carole : Tu as joué dans quels films ?

Romane : “ Les nuits fauves ”…

Nadège : Tu avais quel âge quand tu as joué ce film ?

Romane : Dix-huit ans.

Carole : Pour moi, une des meilleures actrices c’est cette femme qui glisse sur une table dans cette pub de dépoussiérant. Connaissez-vous des scénaristes ?

Romane : Un peu.

Carole : Cela fait vingt cinq que Franco est mort et personne encore n’a pensé à faire un film sur son agonie. Mettre en scène des centaines de chirurgiens entrain de l’écarteler, lui couper son foie, ses intestins, non pas pour le sauver, mais pour le faire souffrir. ( Je vous vois biens jouer dedans un rôle d’infirmière). Un petit peu dans le genre de “ L’orange mécanique ”. Je ne vois que Costa-Gavras pour réaliser un tel film ! c’est tout à fait son style.

Driss : Carole, depuis le temps que tu nous parlais de ton idée de film, je pensais qu’il s’agissait d’un film comique…

Carole : Les deux ! on peut très bien aussi faire un dessin animé. “ Les Misérables ” ou “ Frankenstein ” sont du même registre loufoque

Alexandre B. : Est-ce que vous pensez continuer indéfiniment le cinéma, ou pensez-vous faire autre chose ?

Romane : J’ai envi de faire encore des films et peut-être plus tard…

Alexandre B. : Vous ne lâcheriez pas complètement le cinéma ?

Romane : Non.

Alexandre B. : Mais s’il vous fallait absolument lâcher le cinéma, vous choisiriez quoi ?

Romane : Photographe !

Thomas D. : Romane, tu habites où ?

Romane : A Paris.

Thomas D. : Quel âge as-tu ?

Romane : 25 ans.

Carole : On ne voit plus de film avec des images chocs, comme les films de Hitchcock, ou “ Le détective ” de Frank Sinatra ! Il n’y a plus d’images fortes dans les films qu’on fait maintenant.

Florent : Est-ce que vous avez lu les livres d’Howard Buten ?

Romane : J’ai lu Howard quand j’avais quatorze ans. Je les ai tous lus depuis et relu certains et j’ai voulu le rencontrer et c’est grâce à ça que je suis la aujourd’hui.

Florent : Cyril Collard est mort quelques semaines après la sortie du film.

Romane : Oui, c’est exact.

Driss : Cyril était abonné au Papotin.

Romane : C’est vrai ?

Driss : Oui.

Arnaud : T’as quel caractère dans la vie courante ?

Nadège : Romane a un caractère de lion.

Romane : Comment ça ?

Nadège : Tu es née un 14 août.

Laurent : Romane Bohringer c’est vous ?

Romane : Oui.

Laurent : Vous êtes comédienne ?

Romane : Oui.

Laurent : Vous êtes venue ici comment ?

Romane : En voiture.

Laurent : Vous conduisez ?

Romane : Non.

Arnaud : Tu as quel caractère ?

Romane : Ça m’arrive d’avoir mauvais caractère.

Laurent : Tu connais Richard Bohringer ?

Romane : C’est mon père.

Laurent : Il très bien, il est très beau, très intelligent. (Laurent imite Richard Bohringer) : C’est tout vide, regarde ! c’est vrai ça ; ah, il y en a des tonnes, c’qu’on voit c’est du pain…. ” voilà.

Romane : Je sais ce que c’est comme film ; c’est dans “ Diva ” : il tartine une grande baguette… 

Laurent  (imitant PPDA) : Alors sans transition, mademoiselle Borhinger, vous êtes pas timide, des fois ?

Romane : Je suis très timide.

Laurent : Est-ce que c’est important d’être aimé ?

Romane : C’est très important.

Laurent : Comment vous savez que vous êtes la fille de votre père ? C’est naturel ou contagieux ?

Romane : Je ne sais pas…

Laurent : Vous êtes fantastique et populaire et je vous trouve très sympa.

Romane : Je vous remercie.

Portrait Romane Bohringer,

Tu es très belle, comme une amoureuse.

Elle a déjà fait du ski, elle a déjà fait du cheval, elle a déjà fait de la patinoire, du football, du volley-ball, de la boxe, du judo, du karaté.

Elle a été indienne.

Elle a déjà fait de la course à pied, du vélo.

Est-ce qu’elle a déjà des lunettes ?

Des fois, elle regarde les oiseaux, des fois elle regarde les lapins, des fois elle regarde les poules.

Des fois, elle mange une glace à la vanille et au chocolat.

Des fois, elle regarde les coqs, des fois elle regarde les bijoux, des fois elle fait un bisou à son père Richard Bohringer.

Des fois, elle boit le champagne,  prend le métro, boit de l’eau avec ses copines, des fois elle mange des bonbons, des fois elle est amoureuse en scooter, des fois, elle aime bien Mickey, Donald, des fois elle fait des châteaux de sable,  regarde la télévision, des fois elle est gentille, des fois, elle prend son bain, des fois, elle est pressée de faire du cinéma, des fois, elle fait la cuisine, des fois, elle dort dans son lit, des fois, elle fait la vaisselle, des fois, elle va à l’infirmerie rencontrer des infirmières très gentilles, des fois, elle écrit des romans, des fois, elle aime bien la piscine, des fois elle aime bien les tisanes, des fois, elle aime bien aller en vacances, des fois, elle aime les images, des fois, elle aime bien la nourriture, les confitures, les pelotes de laine, le tournesol, les bergers allemands, les sangliers, les caniches, les schtroumfs, Gargamelle, la sorcière, le diable, les aquariums, la Tour Eiffel, les arbres, Milou le chien, les pilotes d’avion, les psychologues, les stylos à bille, le pingouin, les poires, les champignons, les tulipes rouges, les crapauds, les tulipes jaunes, faire la fête, les girafes, les radis,.

Des fois, elle pleure.

Des fois, elle aime aller en taxi, même s’il n’y a pas d’embouteillage.

Est-ce qu’elle aime le jardinage ?

Est-ce qu’elle aime les plongeurs, et Florence Artaud, ?

Est-ce qu’elle aime aller dans une maison ?

Est-ce qu’elle aime Catherine Deneuve et profiter de la vie ?

Est-ce qu’elle aime bien aller au restaurant, sortir le soir et rencontrer des Russes ?

Est-ce qu’elle aime les oranges givrées, le tennis, les patins à roulettes ?

Est-ce qu’elle aime les bâtards et Louis XIV ?

Laurent G.

 

 

Interviews

Numéros 19/20 -

Claude Allègre

Claude Allègre


En attendant l’arrivée du Ministre

Driss (avec les lycéens invités) : Après la visite qu’on vous a rendue dans votre salle de classe de philosophie, on a, dans notre comité de rédaction discuté de la normalité : qui est ce qui est normal et qui ne l’est pas ?

Laurent : Tu es beau comme un professionnel ! C’est vrai Driss, je te trouve sympathique et Claude Allègre arrive bientôt ?

Driss : Oui, il va répondre à vos questions.

Esther : Je dessine ?

Driss : Oui si tu veux.

Violette : Arnaud, qu’est ce qui t’en est resté ?

Arnaud : De quoi ?

Violette : De ta venue à mon lycée.

Arnaud : Que c’était immense.

Thomas (un lycéen) : Ça t’apporte quelque chose, qu’est ce que ça change pour toi de nous rencontrer ?

Alexandre B. : C’est de savoir déjà où vous bossiez et qu’est ce que vous faisiez. J’en ai eu un petit aperçu. Ce n’est pas une approche extraordinaire, mais c’est déjà ça.

Violette : Et toi François, qu’est ce qu’il t’en reste comme souvenir du lycée ?

François : Le mauvais bruit.

Thomas D : Driss quand est-ce qu’il vient Claude Allègre ?

Driss : En principe, il ne devrait pas tarder.

Carole : Il ne doit pas souffrir du trafic lui !

Violette : Tu sais que tu nous as beaucoup manqué Carole. J’ai beaucoup parlé de toi et tu nous as posé un lapin.

Carole : Bof !

Laurent : Le lycée, c’est vachement bien, je me rappelle que j’ai chanté une chanson de Julien Clerc dans la classe, qui s’appelle “ Hélène ”. C’est cette belle chanson que j’ai en souvenir.

Arrivée de Claude Allègre.

Aleksandar : Bienvenue Claude Allègre.

Laurent : Quel âge vous avez maintenant ?

Claude Allègre : Soixante-deux ans

Laurent : Vous êtes de quel signe ?

Claude Allègre : Bélier.

Laurent : Vous êtes venu comment ?

Claude Allègre : En voiture.

(Claude Allègre. fait le tour pour serrer la main à tout le monde)

Thomas D : Bonjour Claude

Claude Allègre : Bonjour

Aleksandar : Tu as une belle cravate.

Arnaud : Quel est ton nom ?

Claude Allègre : Claude Allègre.

Thomas D : Ça va Claude Allègre ?

Laurent : Vous avez quoi comme voiture ?

Claude Allègre : J’ai une 106. Là je suis venu avec une 604.

Arnaud : C’est quand ton anniversaire ?

Claude Allègre : 31 mars.

Driss : Je voudrais d’abord Monsieur le Ministre vous remercier d’être venu nous voir et vous présenter quelques invités du Papotin, les jeunes Papotins et des lycéens du Lycée de Domont avec leur professeur Violette Villard. On est un peu ému, car c’est la première fois qu’on reçoit un ministre. Le Papotin est un journal qui a été créé ici il y a dix ans, c’est un espace de rencontres, c’est une espèce de passerelle entre nous ici et le monde dit normal. Cette passerelle depuis dix ans est très fréquentée ; nous avons accueilli beaucoup de personnes qui sont venues échanger avec nous, qui nous ont invités ensuite à aller les voir. Cette passerelle s’est petit à petit consolidée grâce à des amis du Papotin, notamment quelques-uns qui nous ont fait le plaisir de venir aujourd’hui assister à cette rencontre avec vous : monsieur Howard Buten…

Claude Allègre : Bonjour, je ne vous ai pas serré la main tout à l’heure

Driss : …Écrivain, artiste qui a été le 1° invité du Papotin et qui depuis ne nous a plus quitté, et qui aime tellement ces jeunes qu’il leur consacre le plus gros de son temps. Monsieur le professeur Tomkiewicz, je ne saurais pas trop comment le présenter, je dirais tout simplement que c’est un des rares psychiatres comme dirait Arnaud qui répond aux questions qu’on lui pose et en termes que nous comprenons ce qui nous rend à son contact très intelligents et Monsieur Hervez-Luc, directeur de l’Ecole de Pratiques Théâtrale de Villeneuve d’Ascq qui est avec nous depuis au moins dix ans, qui accueille beaucoup de nos jeunes dans des ateliers de théâtre et qui lui aussi est un ami fidèle du Papotin. Cette passerelle nous a emmené à l’Education Nationale avec des amis très chers, ce sont deux jeunes professeurs de philosophie : Violette Villard et Antoine Châtelet qui sont venus nous voir chaque fois que leurs cours, et leur emploi du temps le leurs permettaient, pour nous apporter leurs idées et l’air du lycée et qui nous ont invité dans leur classe et permis de rencontrer leurs élèves.

Arnaud : Claude, je peux te tutoyer ?

Claude Allègre : Oui

Arnaud : Je peux t’appeler par ton prénom ?

Claude Allègre : Oui.

Arnaud : Où est ce que tu habites ?

Claude Allègre : J’habite dans le 5°

Arnaud : Tu es marié ?

Claude Allègre : Oui.

Arnaud : Elle s’appelle comment ta femme ?

Claude Allègre : Claude.

Arnaud : Comme toi !

Thomas D : Tu es bientôt à la retraite on dirait ?

Claude Allègre : Non je ne suis pas à la retraite.

Arnaud : Moi aussi Claude je préférerais que tu me tutoies.

Alexandre B : Il vous dit ça alors qu’il vient à peine de vous connaître !

Claude Allègre : Cela ne fait rien.

Arnaud : Je voudrais savoir si ça t’est bien égal ?

Claude Allègre : Oui, ça m’est égal.

Arnaud : Est ce que ça te restera toujours égal ?

Claude Allègre : Oui.

Arnaud : Ça ne viendra pas que tu ne veuilles plus que je te tutoie ?

Claude Allègre : Non.

Arnaud : Donc j’aimerais que ça te reste toujours égal pour que je puisse toujours te tutoyer.

Alexandre B : Arnaud est un anti vouvoiement.

Claude Allègre : Parce qu’il trouve que le vouvoiement est une barrière, c’est ça ? Il y a des langues qui n’ont pas de vouvoiement et des langues qui ont un vouvoiement et un tutoiement. Il y a des langues qui ne font pas de différence. Donc ce n’est pas capital ça. Moi ça ne me dérange pas, quand on passe à la télévision avec Karl Zéro, on se tutoie tout le temps…. J’ai vu votre journal, je trouve que c’est bien. Chacun fait un texte ?

Driss : Nous avons ici des jeunes qui n’ont jamais parlé, mais qui ont fait le choix d’être avec nous au comité de rédaction, il y a ceux qui écrivent, et ceux qui dictent leurs textes. C’est en cela que c’est un journal atypique, ce n’est pas un journal de l’Education Nationale. C’est un journal qui se fait avec des mots, avec les dessins d’Esther, et on le fait beaucoup grâce à vous, parce que l’Education Nationale nous soutient depuis plus de cinq ans et c’est même notre seul soutien. On a été très fier quand on a reçu une subvention de l’Education Nationale parce que j’a trouvé que c’était quelque chose qui était due un petit peu à ces jeunes qui n’ont jamais bénéficié de ce qu’apporte l’Education Nationale aux autres. Je crois que les lycéens ont des questions à vous poser monsieur le ministre.

Un Lycéen : Est-ce que c’est la première fois que vous vous trouvez dans une situation comme celle-ci avec des gens un peu atypiques mélangés avec des lycéens ?

Claude Allègre : Exactement comme celle-là, c’est la première fois. Mais ça m’arrive souvent de me trouver dans des situations atypiques.

Le Lycéen : Là il y a une confrontation entre deux mondes…

Claude Allègre : Je ne sais pas si c’est une confrontation. Je crois qu’il y a un dialogue qui n’est pas forcément une confrontation.

Gaëlle : Ils sont mis quand même de côté par l’Education Nationale.

Claude Allègre : Comment ?

Gaëlle : Ils sont quand mis à part par rapport aux gens dit normaux.

Claude Allègre : Parce que l’école est très normative. C’est vrai.

Le Lycéen : C’est quand même un peu dommage qu’ils n’aient pas accès aux mêmes choses que nous.

Claude Allègre : Oui. Comment se passe le dialogue avec les lycéens ?

Driss : Quand on est allé les voir, c’était quand même une confrontation. On est arrivé dans un espace qui ne nous est pas ouvert normalement. Il a fallu la volonté de ces deux professeurs et celle d’un proviseur qui a accepté de nous accueillir. On a pu voir alors que ce n’était pas un monde à part et qu’il y avait des possibilités de rencontres.

Violette : Cela a été difficile quand même. Je ne veux pas insister sur les résistances qu’on a rencontrées, mais on aimerait bien que cette expérience continue.

Claude Allègre : Je vois dans les personnes qui s’occupent de ces contacts, beaucoup de philosophes, mais surtout beaucoup d’artistes. Vous avez une explication pour ça ?

Driss : Avec les artistes la rencontre se fait le plus simplement. Ils viennent le plus souvent avec une envie d’échange.

Claude Allègre : Ce n’est pas parce que l’expression artistique dépasse les divers clivages ?

Driss : Il y a ça, mais il fallait d’abord avoir envie de cette rencontre.

Gaëlle : Pour Florent cela a été difficile, c’est un lieu qui lui rappelle de mauvais souvenirs.

Claude Allègre : Pourquoi ?Vous ne vouliez pas aller au lycée ?

Florent : Pour des raisons tout à fait personnelles.

Claude Allègre : Mais est ce que c’est la manière dont la classe est disposée…

Florent : Non, non pas du tout monsieur, mais c’est personnel. Est-ce qu’avant d’être ministre, vous exerciez une profession ?

Claude Allègre : Oui.

Florent : Pourrait-on savoir laquelle ?

Claude Allègre : Professeur d’université.

Florent : Vous l’êtes encore ?

Claude Allègre : Oui, mais quand on est ministre, on n’a pas beaucoup de temps pour faire autre chose, mais je fais encore quelques cours de temps en temps…

Florent : Qu’est-ce que vous préférez ?

Claude Allègre : Comme métier ?

Florent : Oui.

Claude Allègre : Je fais l’un, je fais l’autre. J’aime bien tout ce que je fais.

Laurent : Vous connaissez Jacques Chirac ?

Claude Allègre : Je connais monsieur Jacques Chirac, je suis assis à côté de lui au Conseil des Ministres. Je le vois tous les mercredis.

Un Lycéen : Le rapport avec les personnes est différent selon qu’on soit prof ou ministre ?

Claude Allègre : Quand on est ministre, c’est un peu sacralisé. Ce n’est pas la même chose, c’est un peu formel. Par exemple, ça m’est difficile de me promener dans la rue ; en dehors de ça on est très très occupé, on a beaucoup d’obligations. J’ai beaucoup de mal à trouver du temps pour moi, pour réfléchir, pour écrire. Le plus gros changement pour moi c’est ça.

Florent : Depuis combien temps faites-vous de la politique ?

Claude Allègre : Je ne fais pas de politique.

Florent : Si, vous faites de la politique.

Un lycéen : Qu’est ce que vous faites alors ?

Claude Allègre : Non, je ne fais pas de politique, je suis ministre parce que je fais un peu de politique depuis…J’en ai toujours fait, mais ça n’a jamais été mon métier, ça ne sera jamais mon métier. Je suis ministre de la République et donc, je sers mon pays.

Florent : Qu’est-ce qui vous a poussé à venir nous voir alors ?

Claude Allègre : Quantité de choses, mais la vérité c’est que mon fils, qui vient ici parler avec vous, m’a demandé de venir. Comme je lui fais confiance et que je l’aime beaucoup, j’ai dit oui.

Arnaud : Il s’appelle comment ton fils ?

Claude Allègre : Jean-Paul.

Arnaud : C’est un garçon ou une fille ?

Claude Allègre : C’est un garçon.

Arnaud : Comment s’appelle ce monsieur-là ? (Arnaud désigne un invité)

Claude Allègre : Tu n’as qu’à lui demander, c’est mon officier de sécurité. Il est chargé de veiller à ma sécurité.

Arnaud : Et comment il s’appelle celui qui est à ses côtés ?

Claude Allègre : Ah, je ne sais pas.

Arnaud : Pourquoi vous êtes là tous les deux ?

Aleksandar : Monsieur le ministre, comment il est Jacques Chirac ?

Claude Allègre : C’est le Président de la République.

Aleksandar : Mais comment il est ?

Claude Allègre : Il est direct, très direct

Thomas D : Claude, tu connais Raymond Barre ?

Claude Allègre : Oui.

Thomas D : C’est qui ?

Claude Allègre : C’est le maire de Lyon, il était 1er ministre autrefois.

Thomas D : Tu connais Balladur ?

Claude Allègre : Oui, fort bien.

Thomas D : Seguin ?

Claude Allègre : Je ne connais pas Seguin.

Thomas D : Tu connais Philippe Douste Blazy ?

Claude Allègre : Oui.

Thomas D : Et Philippe de Villiers ?

Claude Allègre : Non.

Thomas D : Ah ! tu ne le connais pas ! Tu vas voter dimanche ?

Claude Allègre : Oui.

Arnaud : La semaine dernière la chanteuse Zazie est venue au Papotin.

Alexandre B : Je ne sais pas s’il voit qui c’est ?

Claude Allègre : Non je ne la connais pas. Je n’ai pas beaucoup de temps pour regarder les chanteurs.

(Carole remet à Claude Allègre un papier)

Claude Allègre : Mais ce n’est pas une question, c’est un texte (lisant) c’est très amusant d’ailleurs. C’est très bien. Lisant : “ Révoltons nous allègrement… ”

Un lycéen : Vous avez pensé quoi des manifestations contre vous ?

Claude Allègre : Rien. Les manifestations dans une démocratie c’est un droit.

Gaëlle : Vous ne pensez pas qu’ils manifestent parce qu’il y a un mal aise ?

Claude Allègre : Non pas forcément. Ils manifestent parce qu’un certain nombre défendent leurs intérêts.

Alexandre B : Quand on touche les intérêts des gens ils ne sont pas contents, forcément…

Gaëlle : Mais quand ce sont des élèves qui manifestent, vous ne pensez pas qu’il y a peut-être un problème.

Claude Allègre : Les élèves ont manifesté en début d’année, et j’étais grandement d’accord avec eux. Ce n’était pas moi qui étais visé.

Un lycéen : Qu’est ce que vous pensez d’une entreprise comme celle du Papotin ?

Claude Allègre : J’en pense du bien, puisqu’on le soutient.

(Esther montre à Claude Allègre le dessin qu’elle a fait de lui)

Claude Allègre : Ça ne me ressemble pas, mais c’est très beau.

Un lycéen : Ah si, il y a une ressemblance.

Violette : Moi je voudrais savoir pourquoi les Papotins ont voulu inviter Claude Allègre ?

Laurent : Parce qu’on est ravi de l’avoir rencontré. Claude ta cravate est bleue, tu la mets toujours ?

Claude Allègre : J’ai plusieurs cravates, mais souvent bleues.

Laurent : Tu prends des vacances ?

Claude Allègre : Pas beaucoup.

Emmanuelle : Vous connaissez celui qui était ministre avant vous ?

Claude Allègre : Oui, très très bien.

Laurent : Des fois t’es plus tout jeune.

Claude Allègre : Ça je ne peux pas le cacher.

Laurent : Tu t’entends bien avec ta femme ?

Claude Allègre : Oui.

Laurent : Tu ne te sépares jamais de ta femme ?

Claude Allègre : Pas pour l’instant.

Laurent : Quand on est divorcé, on va chercher ailleurs.

Claude Allègre : Oui.

Emmanuelle : Quand avez-vous entendu parler du Papotin pour la première fois ?

Claude Allègre : Par mon fils, et j’ai trouvé le journal très bien, seulement il fallait trouver un peu de temps pour venir vous voir, et on a réussi à trouver ce temps.

Violette : Carole aujourd’hui est avare de ses mots !

Claude Allègre : Elle écrit. Voulez-vous que je vous lise ce qu’elle a écrit ?

“ Tu es là Martine ? Non je suis Labruyère.

Giscardiologue, Fabuisurpateur, chiracrocheur, Rocarburateur, …” C’est plein de jeu de mots. C’est bien.

Carole : Quel est le métier préféré des politiciens ?

Claude Allègre : Je ne sais pas.

Carole : Fabricants de slips et de soutien gorges

Claude Allègre : Pourquoi ?

Carole : Ils soutiennent la gauche et la droite. Pourquoi, les Serbes sont si cruels ? C’est parce que s’ils sont de plus en plus acerbes. Ils chassent les Albanais pour faire la cause aux veaux. Et si on a mis tant de temps à intervenir c’est qu’il y a une voix qui dit “ Otan suspend ton vol ! Otan emporte le vent ! ” .

Laurent : C’est très didong !

Thomas L : Je trouve que c’est très nul de s’appeler lavabo, cabinet, vélo, moto. S’appeler mur, s’appeler lumière, c’est nul.

François D : Tout ça, c’est pas pareil.

Alexandre B : Qu’est ce que vous ferez quand vous ne serez plus ministre ?

Claude Allègre : Je ferai exactement ce que je faisais avant.

Alexandre B : En somme vous resterez dans l’Education Nationale.

Emmanuelle : En quoi consiste votre métier de ministre ?

Claude Allègre : Ça consiste à essayer d’organiser un peu l’Education Nationale, à faire passer des lois au Parlement, à gérer le budget de l’Education Nationale, à répartir l’argent entre les diverses parties de l’Education Nationale et à essayer de l’adapter à l’évolution de la société pour que les jeunes puissent apprendre, trouver un travail, s’insérer dans la société, se former et avoir des éléments pour leur culture.

Un lycéen : Et vous pensez que ça marche ?

Claude Allègre : Oui, ça ne marche pas trop mal, on essaye d’améliorer les choses. L’Education Nationale française, il faut le savoir, est une des meilleures du monde.

Gaëlle : Et vous pensez que des jeunes comme les Papotins peuvent avoir accès à une éducation autre que le privé ?

Claude Allègre : Ça existe.

Howard Buten : Il y a beaucoup d’obstacles.

Laurent : Il y a beaucoup d’obstacles.

Claude Allègre : On est entrain de développer ça beaucoup plus. On finance aussi des recherches dans ce domaine. On fait de plus en plus d’efforts, mais sans doute qu’on n’en fait pas assez.

Un Lycéen : Vous ne pensez pas qu’il faudrait généraliser l’enseignement et l’ouvrir à tous les handicapés ?

Claude Allègre : …Les choses sont difficiles, mais on progresse beaucoup dans ce domaine. Ce que vous faites ici est d’ailleurs un progrès. Vous devez le sentir, vous devez le voir sur beaucoup de personnes. Il y a l’intégration sociale, mais il y a également l’intégration intellectuelle qui se fait. Je pense que petit à petit ça se fera de plus en plus. En France, il y a 200 000 élèves handicapés, ce n’est pas une petite population. On fait quelque chose avec le ministère des Affaires Sociales. Je dirai au ministre de la Santé de venir vous voir, à Bernard Kouchner.

Carole : Moi si j’avais des gosses, je ne pourrais pas les forcer à aller à l’école. La plupart du temps, on vous bourre le crane de matières qui ne servent absolument à rien dans la vie professionnelle. On s’emmerde.

Claude Allègre : Mais on n’apprend pas seulement à l’école les choses qui sont utiles à la vie professionnelle. Il faut apprendre ce qui est utile à la vie tout court : quand vous apprenez de la musique ou que vous apprenez à dessiner, c’est important.

 

Portrait de Claude Allègre

 

Il est très gentil

Il est très sympa

Il marche tout droit

Il est un peu inquiet

Il pose des questions

Il explique comment c’est l’Education Nationale

C’est un beau travailleur

Il s’essuie ses lunettes

Des fois, il passe à la télévision

Il aime ses enfants

Des fois, il est un peu sourd-muet

Des fois, il comprend

Il parle très très bien

Des fois, il aime ses amis

Des fois, il met sa cravate bleue

Des fois, il aime bien Valéry Giscard d’Estaing

Des fois, il aime les chats

Des fois, il aime les tulipes rouges

Il est très intelligent,

Des fois il connaît un peu Mitterrand,

Des fois il est beau comme un homme

Il sait que c’est difficile d’être un homme.

 

Laurent