Le Papotin

ÉDITO N° 31/32 & 33

Numéros -31/32 & 33 -

Il faut aider le lecteur

Fabrice, jeune Papotin des premiers temps, répétait souvent : « Il faut aider le lecteur ! ». Fidèle servant de l’entreprise « Papotin », j’ai gardé cette injonction en tête à chaque conception de numéro et je l’entendais à chaque fois différemment. C’est, veiller à plus de lisibilité, c’est mettre plus de lumière, donner plus de caractère… Le résultat, pour les amateurs que nous sommes, est que chaque numéro est une « création », ne serait-ce que par l’arrivée de nouveaux rédacteurs qui impriment leur trace originale dans cet espace. Mais la griffe « Papotin » reste intacte depuis sa création en mai 1990.

Ces auteurs sont les
personnages les plus
singuliers qui puissent exister.

Ils ne se donnent pas un genre, ils sont tout entiers à leur dimension de héros tragiques… à l’étroit dans le canevas quotidien de leur existence. Ce sont des graines de Don Quichotte aux gestes amples plein délicatesse.

Je me promène parmi eux ramassant leurs mots justes et confondants et je les mets dans des jolis habits pour te les présenter ami lecteur. Je n’oublierai jamais cette jeune fille du premier numéro le serrant contre sa poitrine et le désignant, se désignant : « C’est moi ! » clamait-elle et moi fier d’avoir contribué à ce produit de haute couture, me disant en moi : « C’est moi ! ». Tout au bonheur d’avoir, ensemble, confectionné cette chose dans laquelle on se reconnaissait. J’aurais pu sauter en l’air, comme l’a fait Johann, un autre Papotin, à l’issue d’un récital qui l’avait emmené loin, très loin et crier : « Ça y est, j’ai trouvé mon métier d’avenir : (et après un silence) je serai spectateur de galas ! » C’est à quelque chose près, mon cri de joie récurrent. Les comités de rédaction du mercredi matin sont depuis plus de 20 ans mes « galas » !

Une constante de ces rendez-vous hebdomadaires : la gaîté. Quelques soient les sujets abordés, le rire est présent. Un rire « bon enfant » défoulant, sans le moindre soupçon d’agressivité. Cette gaîté est l’ingrédient principal de la tenue de cette conférence de rédaction. On y vient par plaisir. Plaisir de déposer quelque chose : un texte préparé dans sa tête, un texte écrit, un texte relevé dans un journal… Plaisir de prendre ce qui est donné à entendre… Plaisir de s’exprimer librement. Chacun à sa « spécialité », son genre, son style, sa présence, sa musique, ses formules. Personne ne singe personne. Réel plaisir de se retrouver ensemble. Réel plaisir de recevoir ceux qui nous rendent visite, célèbres ou pas célèbres.

Nous avons construit en vingt ans un espace des plus rassurants qui soient grâce à la constance du lien et à la régularité des actions. On sait la valeur que cela revêt pour tout un chacun et plus particulièrement pour les personnes souffrant d’autisme. Quand on a commencé à recevoir des invités au Papotin, on leur demandait systématiquement s’ils revenaient le mercredi suivant. Arnaud n’aimait pas les « choses qui n’arrivent qu’une fois ». Petit à petit cette « crainte » s’est estampée. La fidélité de l’équipe accompagnante y est pour beaucoup.

Le lien se consolide continuellement par le partage de moments extraordinaires. Et il y en a eu beaucoup. Comme partager un film, un spectacle, un concert et vivre alors des émotions intenses, des moments magiques à la façon que les Papotins ont d’absorber l’œuvre artistique pleinement, sans filtre. Les voyages et les reportages avec ces jeunes gens permettent de découvrir des facettes inouïes de leur personnalité. On n’est à aucun moment dans la banalité. Les moments forts sont souvent des moments d’une grande drôlerie. Pour n’en citer qu’un, resté dans mon souvenir auréolé d’une grande douceur, c’était un après-midi, chez la chanteuse Barbara. On finissait de prendre un goûter qu’elle nous avait préparé et assise à son grand piano noir elle demande à Arnaud de sa belle voix de Barbara : « Arnaud, veux-tu que je te chante une mes chansons ? » et Arnaud de répondre très poliment : « Non merci, par contre, est ce que je peux aller voir les draps dans lesquels tu dors ? » et Barbara de répondre de sa belle voix de Barbara dans le ton le plus doux : « Bien sûr Arnaud, tu peux ! ».

Les Papotins ont une façon de dire ce qu’ils sentent, ce qu’ils ressentent le plus naturellement du monde, sans artifice, sans déguisement et sans que cela paraisse ni agressif, ni intrusif. Et ils obtiennent en retour des réponses sincères aux questions qu’ils posent. Aux premiers temps mes préjugés furent malmenés et petit à petit j’ai remisé mes aprioris. À l’évidence, Le Papotin fait ressortir le plus beau profil des personnalités qu’il rencontre et peut-être aussi, espérons-le, des lecteurs qui s’y  plongent.

Driss El Kesri