Interviews
Stéphane Hessel
Générosité et simplicité, ces mots pourraient suffire à décrire le personnage historique qui s’est présenté aux Papotins. Mais Stéphane Hessel ne se résume pas. Une telle vie, un parcours aussi exceptionnel que celui de cet homme se découvre et c’est ce que nous vous proposons ici. Non pas sa vie, ses œuvres, car nous n’en finirions plus ! Mais comment un coeur généreux et des mots simples font qu’en une rencontre, Stéphane Hessel nous donne l’illusion d’avoir traversé l’Histoire, sans prendre une ride !
Pas n’importe quel Curriculum Vitae
Raphaël : Vous êtes né à quelle date ?
S. Hessel : Je suis né le 20 octobre 1917, en Allemagne, à 8 jours de la révolution Russe.
Sarah : Avant c’était l’URSS.
S. Hessel : Avant, mais avant encore c’était la Russie des Tsars. Et quand je suis né, c’était encore la Russie des Tsars. Et après, il y a eu la révolution russe et il y a eu ensuite L’URSS.
Sarah : Qui est redevenue la Russie.
S. Hessel : Aujourd’hui c’est à nouveau la Russie, tu as tout à fait raison. Comme quoi le monde change, le monde a beaucoup changé.
Maxime : Vous êtes allé quand aux États-Unis ?
S. Hessel : Je suis arrivé aux États-Unis en février 1946, j’avais donc à ce moment-là 28 ans. Et j’ai été engagé tout de suite par le secrétaire général des Nations Unies qui s’appelait Trygve Lie, c’était un Norvégien, et qui a constitué les premières équipes de fonctionnaires internationaux et j’ai eu la chance d’en faire partie.
Le plus formidable des secrétaires de Nations Unies s’appelle Dag Hammarskjöld, c’est un grand Suédois et il a beaucoup fait pour les Nations Unies, mais c’est déjà vieux ! C’était dans les années soixante. J’étais jeune.
Sarah : Avez-vous des enfants ?
S. Hessel : Oui ! J’ai trois enfants merveilleux. J’ai une fille aînée qui travaille à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, elle est docteur.
David J : Moi j’aime pas les hôpitaux.
Raphaël : Vous êtes né à quelle date ?
S. Hessel : Je suis né le 20 octobre 1917, en Allemagne, à 8 jours de la révolution Russe.
Sarah : Avant c’était l’URSS.
S. Hessel : Avant, mais avant encore c’était la Russie des Tsars. Et quand je suis né, c’était encore la Russie des Tsars. Et après, il y a eu la révolution russe et il y a eu ensuite L’URSS.
Sarah : Qui est redevenue la Russie.
S. Hessel : Aujourd’hui c’est à nouveau la Russie, tu as tout à fait raison. Comme quoi le monde change, le monde a beaucoup changé.
Maxime : Vous êtes allé quand aux États-Unis ?
S. Hessel : Je suis arrivé aux États-Unis en février 1946, j’avais donc à ce moment-là 28 ans. Et j’ai été engagé tout de suite par le secrétaire général des Nations Unies qui s’appelait Trygve Lie, c’était un Norvégien, et qui a constitué les premières équipes de fonctionnaires internationaux et j’ai eu la chance d’en faire partie.
Le plus formidable des secrétaires de Nations Unies s’appelle Dag Hammarskjöld, c’est un grand Suédois et il a beaucoup fait pour les Nations Unies, mais c’est déjà vieux ! C’était dans les années soixante. J’étais jeune.
Sarah : Avez-vous des enfants ?
S. Hessel : Oui ! J’ai trois enfants merveilleux. J’ai une fille aînée qui travaille à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, elle est docteur.
David J : Moi j’aime pas les hôpitaux.
S. Hessel : J’ai un fils qui est cardiologue et qui s’occupe de beaucoup de gens pour soigner leurs cœurs et j’ai un autre fils qui est psychanalyste et qui a des gens sur son divan qu’il aide à surmonter leurs névroses et leurs problèmes. Voilà mes trois enfants, j’ai de la chance, tous les trois considèrent que leur père est quelqu’un avec lequel on peut parler, on peut s’amuser, on peut sortir. Et ils ont tous les trois des enfants qui sont mes petits-enfants. J’ai dix petits-enfants et j’ai trois arrières petits-enfants.
Est-ce que ça satisfait ta curiosité ?
Sarah : Oui.
Histoires de voisinages…
Yann A. : Vous avez des voisins ?
S. Hessel : Si j’ai des voisins ?
Yann A. : Oui
S. Hessel : Ah oui, comme tout le monde. J’ai des voisins, j’ai une maison dans le 14ème arrondissement et la maison est pleine de voisins sympathiques.
Il m’est arrivé d’avoir une voisine qui la nuit jetait ses meubles contre les cloisons. Alors on est allé la voir et on lui a dit : « Il ne faut pas faire ça parce que ça nous empêche de dormir. » Elle nous a dit : « Et oui mais moi j’ai besoin de faire ça ». On lui a dit : « Non ne faites pas, essayez de faire un peu de silence, surtout la nuit. » Comme quoi la vie n’est pas toujours facile. Et quand elle est difficile, il faut essayer de parler, faut toujours parler, ne faut pas se battre, il faut parler.
Il faut dire : « et dites donc vous, ce que vous faites c’est pas bien, vous pouvez changer, non ? »
De Bush aux droits de l’homme
David J. : Je peux vous poser une question ? Mais moi j’aime pas le président Georges W. Bush. Il met plein de bombes partout, le désordre partout.
S. Hessel : Je te comprends. Je suis comme toi, je n’aime pas non plus le président Bush. Mais je sais aussi que cette grande nation, l’Amérique, les États-Unis d’Amérique, ont quelques fois produit des hommes remarquables. Pour moi le grand homme de l’Amérique ça a été le président Roosevelt et c’est lui qui, dans les années 30 et 40, a créé les Nations Unies et je lui en serais toujours reconnaissant. En plus il avait une femme qui lui a survécu. Après sa mort, sa veuve Éléonore Roosevelt a présidé la commission qui a mis au point la déclaration universelle des droits de l’homme.
David J. : Mais vous avez de la chance Monsieur.
S. Hessel : Oui ! Et j’ai travaillé avec elle et avec René Cassin et l’on a mis sur pied la déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui va avoir 60 ans le 10 décembre prochain.
David J. : Ca fait beaucoup 60 ans.
S. Hessel : C’est beaucoup, mais elle est toujours importante et valable.
Au Cambodge d’Alain
Éléonore : Je peux poser une question ?
Driss : Attend un petit peu. Alain parle très, très peu et très rarement. C’est vrai que ses parents sont des réfugiés qui ont beaucoup soufferts. Son papa parle de ce qu’il a vécu. Il raconte beaucoup à Alain la souffrance d’où il a fui.
S. Hessel : D’où venait votre père ?
Alain : Du Cambodge.
S. Hessel : Du Cambodge, mais oui. Qui est un pays qui a énormément souffert. Il a connu l’une des périodes les plus dures de notre histoire récente, lorsque les Khmers rouges ont massacré à peu prés la moitié de la population cambodgienne.
Alain : Oui.
S. Hessel : Mais c’est un beau pays qui contient des trésors artistiques les plus merveilleux du sud-est asiatique. Quand on va à Sienreah et quoi voit les ruines d’Ankhor, Ankhorvat et des autres grands monuments c’est merveilleux.
Et ton père a pu quitter le Cambodge et venir en France ?
Alain : Ouais, mais d’abord il est passé vers Hong-Kong.
S. Hessel : Vers Hong-Kong, oui. Et toi-même tu connais le Cambodge ou pas ?
Alain : Pas encore, mais je suis à moitié cambodgien et à moitié Hong-Kongais.
S. Hessel : Mais il faut aller là-bas, en ce moment on peut, il y a un régime qui est acceptable, pas parfait, rien n’est parfait. Mais c’est un pays merveilleux. J’ai eu la chance de connaître le Cambodge dans les années 50, c’est-à-dire bien avant les Khmers rouges.
Driss : Bien avant l’horreur.
S. Hessel : Avant l’horreur.
Parentalité…Beauté ?!
Matthias : C’est comme mon père, ses parents. En fait, mon père, quand il était bottier, il était orphelin. Il n’avait pas de parents. Il était petit et ses parents étaient décédés depuis longtemps.
S. Hessel : Où est-ce qu’il vivait ?
Matthias : À Colmar.
S. Hessel : Ah oui, tu es de Colmar toi.
Matthias : Ouais. Donc il a été élevé par sa tante et son oncle qui sont ma grande tante et mon grand-oncle. Et donc il a aussi été élevé par son grand-père qui vit à Colmar, qui est décédé… qui est décédé aussi.
S. Hessel : Mais voilà c’est comme ça que les familles se composent. Quand il y a quelqu’un qui manque, la mère ou le père. Alors c’est plus difficile pour l’enfant d’avoir une vie parfaite, une vie normale.
Alexandre : Une vie stable.
S. Hessel : Et quand les parents se séparent c’est aussi un problème.
Matthias : C’est vrai.
S. Hessel : Quelquefois les enfants profitent du fait qu’ils ont deux familles, ils ont un père qui a épousé une autre femme que leur mère. Une mère qui a peut-être épousé un autre homme que leur père. Mais ça leur fait deux familles qui peuvent les aider à vivre mais à condition que ça se passe avec amitié des uns et des autres.
Sarah : Si je comprends bien les mères, elles épousent les maris et c’est les beaux-pères. Pour les pères c’est la même chose, c’est les belles-mères.
S. Hessel : Voilà. Tu as raison et tu vois, on dit beau. Est-ce qu’ils sont beaux vraiment ? Tu peux avoir pour beau-père un homme vilain et pour belle-mère une femme laide. Mais tu es quand même obligé de l’appeler belle-mère parce que c’est comme ça que ça se dit dans les familles.
Sarah : Oui.
Le Papotin contre l’exclusion
Aurélie : Moi je suis contente de venir au Papotin.
S. Hessel : Ah les Papotins ils sont là pour penser, pour parler, pour s’amuser !
Aurélie : Il est là pour aider, Driss.
Driss : Pour nous, la chose qui nous anime, qui nous unis, c’est le refus de l’exclusion. A partir du moment où l’on exclut quelqu’un c’est quelque chose qui nous est totalement insupportable. Qu’on l’exclut parce qu’il est malade, c’est insupportable, qu’on l’exclut parce qu’il est jaune, c’est insupportable, qu’on l’exclut parce qu’il est pauvre, c’est insupportable. Qu’on l’exclut parce qu’il ne sait pas soi-disant parler c’est insupportable, qu’on l’exclut parce qu’il n’est pas comme les autres, c’est insupportable.
S. Hessel : Parce qu’il est noir, parce qu’il est bleu ou parce qu’il est marron c’est insupportable.
Melchior : Parce qu’il est maya aussi !
Driss : Donc nous c’est ça notre lutte, c’est essayer de montrer que toutes nos différences et toutes nos faiblesses, en fin de compte est une force. Parce qu’on arrive à faire quelque chose ensemble. A publier un journal, à rencontrer beaucoup de gens et jusqu’au Président de la République et à poser des vraies questions. Pourquoi cette horreur ? Pourquoi cette guerre ? Les questions souvent posées étaient : Pourquoi ces responsables ne mettent pas fin à l’horreur alors qu’ils ont le pouvoir, alors qu’ils ont été élus pour ça ?
S. Hessel : C’est le combat à mener contre toutes les formes d’exclusions et en se disant que plus on inclus des humains qui appartiennent à des modes de vie différents, à des façons d’être différent. Plus on les inclut, plus on fait une société riche, diverse, subtile. Capable de comprendre des choses que l’on ne comprend que si on rencontre des gens qui ne sont pas exactement faits comme la grande masse. Donc avec leur différence, quelque chose de précieux pour comprendre l’humain, et pour le sentir.
Et je pense que les Papotins ont un rôle à jouer, là. Moi je vous regarde, je vous vois dans votre diversité, dans vos expériences différentes, chacun avec une destinée personnelle. C’est merveilleux de pouvoir échanger entre vous, et éventuellement appeler à aider le progrès de la non-exclusion des gens, et Driss qui fait venir des gens comme le petit vieux diplomate qui est là devant vous.
Avoir confiance en l’humanité
Driss : Je vous avais présenté la semaine dernière comme étant un veilleur qui est toujours à l’écoute du pouls de ce monde qui bat. Vous êtes un de ceux qui veillent.
S. Hessel : Oui, oui, oui. Heureusement la société, les sociétés humaines, ont toujours produit des exemples qui permettent d’avoir confiance. C’est un peu ce que Driss disait tout à l’heure, pour ça il ne faut pas être pessimiste sur l’humanité, parce que l’humanité a toujours produit. Elle a produit des héros qui se sont battus courageusement. Elle a produit des saints, pas beaucoup, mais quelques-uns. Elle a produit des sages, des philosophes. Et elle a produit aussi des individus différenciés qui ont leur façon d’être personnelle, particulière qui nous aide à comprendre combien nous sommes sur terre nombreux, différents et en même temps solidaires.
Je pense que le contraire de l’exclusion c’est la solidarité. Et si j’ai essayé d’être réveillé, et éveillé et vigilant, donc un peu veilleur, c’est pour essayer de détecter partout où se trouve le refus de l’autre, et de dire : Attention ! Ça c’est ce à quoi il faut résister. Bon, c’est facile à dire tout ça, mais il faut le faire.
David S. : J’ai une question. Vous êtes, vous êtes… Je pense que vous n’êtes pas d’accord avec pourquoi il y a aussi peu de ces lieux de travail adapté pour les gens qui sont en difficulté dans le monde. Faut toujours être dans une case précise, ça c’est toujours inadmissible. Pour l’épanouissement de la personne, c’est la dégringolade de l’estime humaine, c’est un truc de ouf, hein ?
S. Hessel : Oui.
David S. : Pourquoi on s’investit pas dans des services adaptés pour les gens qui sont autistes, pour les gens qui ont des problèmes. Ça c’est vraiment… Pourquoi ils n’investissent pas dans ce domaine là ? Pourquoi toujours dans une case ?
S. Hessel : Oui, oui oui, mais c’est en effet la tentation, la tendance de beaucoup de gens de dire je veux être avec des gens qui sont comme moi, qui pensent comme moi, qui vivent comme moi, et les autres, ceux qui sont différents, ou bien je veux pas les connaître, ou bien ils font peurs, ou bien ils donnent de l’angoisse, et à ce moment là je me referme sur moi.
Et bien il leur manque l’essentiel de ce que peut représenter une vie humaine ouverte, une vie humaine à l’écoute des autres. Mais c’est un travail. Vous vous rendez bien compte que le plus facile c’est de fermer les yeux et de dire : « Ça, ça ne me regarde pas, ça je ne m’en occupe pas, je laisse tomber, ça m’est égale. » Et pour lutter contre, il faut en effet travailler sur soi, rencontrer des gens, rencontrer, par exemple, les Papotins, ou d’autre, et avec eux échanger ce qui fait justeme