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Interview de Bertrand Delanoë
Interview de Bertrand Delanoë
Du tutoiement et du vouvoiement
Arnaud : Je peux t’appeler par ton prénom ?
Bertrand Delanoë : Oui. C’est Bertrand mon prénom.
Arnaud : On se tutoie et l’on s’appelle par nos prénoms ?
B.D : Oui, on fait comme cela vous plaît. On est là en toute amitié, décontracté. Je suis très heureux de vous recevoir et je voudrais que cela soit un moment agréable pour vous. (Bertrand Delanoë fait le tour et serre la main à tout le monde). Bonjour, cela me fait très plaisir de vous avoir et d’abord, je vous souhaite la bienvenue.
Arnaud : Tu habites où ?
B.D : Vers saint-germain des Près.
Arnaud : Je voulais te demander, tu le vouvoies ou tu le tutoies, Chirac ?
BD : Je vouvoie Le Président de la République
Arnaud : Pourquoi ?
BD : Parce qu’il ne m’a jamais proposé de le tutoyer.
Arnaud : S’il te le demandait, tu pourrais le tutoyer.
BD : Non parce que d’abord, il est un peu plus âgé que moi et il est le Président de la République. Je ne suis que le maire de Paris, donc il faut du respect, et il faut quand même une distance.
Arnaud : Et Dominique de Villepin, tu le tutoies ou tu le vouvoies ?
BD : On se vouvoie, mais on s’appelle par nos prénoms.
Arnaud : Pourquoi tu ne tutoies pas Monsieur de Villepin ?
BD : Parce qu’on ne s’est jamais tutoyé mais on s’appelle par nos prénoms, ainsi que sa femme et que d’autres membres de sa famille que je connais et avec qui je me suis déjà retrouvé en vacances.
Arnaud : Mais tu pourrais !
BD : Ce serait plus facile que le Président de la République parce qu’on a un peu le même âge tu vois…Des fois, on tutoie des gens avec qui on n’a pas de relations affectives fortes, et des fois on vouvoie des gens avec qui l’on a une relation affective très forte, donc le tutoiement et le vouvoiement, ce n’est pas toujours un signe d’attachement.
Arnaud : Si tu préférais, Chirac, tu pourrais le tutoyer ?
BD : Mais je ne me pose pas la question de savoir si je préfère ou non, j’essaie d’être dans des relations sincères avec tout le monde.
Arnaud : Il faut que tu saches que j’ai horreur du vouvoiement.
BD : Comment ? Tu as horreur du vouvoiement ? Tu as raison de te faire tutoyer par qui tu veux, mais ne juge pas sévèrement les gens qui se vouvoient, ça n’a peut-être pas la signification que tu croies.
Arnaud : Je voudrais surtout qu’à Paris on soit libre de faire ce qu’on veut.
De la santé
Arnaud : Tu as quel âge ?
B.D : Cinquante-cinq ans maintenant.
Arnaud : C’est quand ton anniversaire ?
B.D : C’est le 30 mai.
Arnaud : Comment vas-tu Bertrand, tu sembles un peu fatigué.
B.D : Je suis un peu fatigué en ce moment. Je suis très éprouvé par les drames qu’on connaît à Paris, liés au logement insalubre. Cela me donne beaucoup de soucis. Heureusement qu’on avait commencé depuis quatre ans à considérer le logement, et notamment le logement insalubre, comme quelque chose qui devait mobiliser notre temps notre énergie notre compétence et beaucoup d’argent. Sinon je crois que je serais encore plus…Comment dire, troublé. Je suis peiné, ce qui s’est passé dans ces deux immeubles est douloureux. En même temps je sais que toute l’équipe qui m’entoure, que ce soit les élus, les collaborateurs tous ont fait vraiment beaucoup pour faire reculer ces situations dramatiques. Malheureusement, il en existe encore et cela nous fait souffrir parce que je trouve cela indigne.
Anaïs : Jacques Chirac est hospitalisé.
B.D : Oui, mais je crois qu’il va bien. Je viens de lui envoyer un petit mot pour lui souhaiter une bonne santé.
Anaïs : Pourquoi Jacques Chirac est à l’hôpital ?
BD : Parce qu’il a eu un petit accident, pas grave je crois, mais il a 72 ans, il valait mieux lui faire des examens pour qu’il soit en forme comme avant.
Anaïs : Mais du lit, il en a plus besoin du lit ?
BD : Il en a besoin pour dormir comme nous tous. Mais, hier bien qu’il était à l’hôpital, il marchait dans sa chambre.
Thomas : Bertrand, pourquoi on t’a donné un coup de couteau ?
B.D : C’était en 2002. C’était un acte délibéré de quelqu’un qui a dit qu’il avait donné ces coups de couteau pour tuer, parce qu’il n’aimait ni la démocratie, ni les hommes politiques, ni les homosexuels. Comme je cumulais tous ces inconvénients à la fois, ça lui déplaisait beaucoup. Mais grâce à d’excellents chirurgiens et à des collaborateurs qui ont su ne perdre pas une seconde, je suis là presque trois ans après à bavarder avec vous.
Arnaud : Bertrand, qu’est ce que tu prends pour te raser le matin?
BD : Un rasoir électrique.
Arnaud : Moi aussi j’utilise un rasoir électrique comme toi.
BD : Voilà, on a la même technique de rasage tous les deux.
Des sexes
Alexandre : La question va paraître un peu crue, mais tant pis, depuis quand avez-vous choisi le mode de vie qui est le vôtre ?
B.D : Quelle partie de mode de vie ? Comme j’ai 55 ans, il y a eu des choix différents, j’ai été étudiant…
Alexandre : Homosexuel, j’entends!
B.D : Je n’ai pas choisi. On ne choisit pas d’être homosexuel, on naît avec telle ou telle vision. Mon ami Hamou, lui ne voit pas beaucoup. On naît avec une sensibilité et une identité. Et parmi les identités, il y a cette proximité que l’on a qui n’est pas quelque chose d’exclusivement sexuel, c’est quelque chose de psychologique d’affectif qui fait qu’on est homosexuel ou hétérosexuel.
Alexandre : Pourquoi plutôt un homme qu’une femme ?
B.D : Je n’en sais rien. Tu devrais, quand tu parles à un hétérosexuel ou à une hétérosexuelle lui poser la même question. Mon ami Hamou est marié. C’est donc un hétérosexuel, tu pourrais lui dire : « Pourquoi une femme ? » De la même manière que tu me demandes : « Pourquoi un homme ? ». C’est la nature qui fait que quand nos parents nous donnent naissance, on est fait avec cette attirance ou vers notre sexe ou vers le sexe opposé. C’est à peu près la même chose.
Alexandre : La nature est ainsi faite qui veut que les sexes différents se rencontrent.
B.D : Non, je crois que la nature est ainsi faite qu’il y a deux sexes mais qu’effectivement, il y a des êtres attirés par les sexes différents et des êtres attirés par les mêmes sexes. D’ailleurs, excuse moi de prendre cette comparaison, nous avons la pensée, les êtres humains…
Alexandre : Heureusement !
B.D : Les animaux n’ont pas la pensée et dans les récits scientifiques concernant les animaux, on décrit à la fois des hétérosexuels et des homosexuels. Ce qui prouve que l’hétérosexualité et l’homosexualité sont dans la nature.
Nathanaël : Cela veut dire quoi pour toi le terme « homme » ?
BD : Homme ? C’est être humain, ça désigne autant la femme que l’homme. C’est ce que je disais tout à l’heure c’est quelqu’un qui est doté de l’intelligence, de la sensibilité, de la capacité d’aimer, d’être aimé, de comprendre, d’inventer. Seul ou avec les autres il tente d’en faire quelque chose de positif. Avec ses limites. C’est magnifique. La plus belle aventure c’est l’aventure de l’être humain, Pour moi dans l’être humain il y a les femmes et les hommes dans l’égalité la plus totale entre les sexes.
Nathanaël : Mais il faut essayer de dire plus homme dans le sens général. Et j’aimerais qu’on ait un autre mot pour dire homme par opposition à la femme.
BD : Il ne faut pas dire « par opposition » mais « par différence ». On peut dire être humain de sexe masculin, être humain de sexe féminin, mais c’est un peu long. Je crois que les femmes préfèrent êtres appelés femmes… Elles n’ont pas envie d’être appelé hommes.
Du tabac, de l’alcool et des drogues
Nathanaël : Je déteste la fumée, la cigarette, le cigare, la drogue. Je voudrais que tu les fasses interdire.
B.D : D’abord, j’ai arrêté de fumer, il y a seulement deux mois. Je fumais beaucoup. Il n’y a que deux mois et c’est dur, très dur. Ce qui est vrai c’est que depuis plus longtemps, deux de mes adjoints, l’adjoint à la santé et l’adjoint qui s’occupe du commerce de l’artisanat ont décidé d’encourager à Paris et avec mon accord, y compris quand j’étais fumeur, tous les lieux non-fumeur. Le tabac est un problème de santé publique, et moins les gens fument, notamment les jeunes, mieux c’est. En même temps, une société trop normalisée à l’anglo-saxonne où tout le monde doit faire la même chose tout le monde doit aimer la même chose, je crains un peu…
Alexandre : Ça ne marche pas.
B.D : Ça peut marcher, mais ce n’est pas ma culture. Tout est dans le fait qu’on devient dépendant ou pas. Par exemple, boire un bon vin rouge, ça ne fait pas de mal, ça fait même du bien. Si tu deviens alcoolique et dépendant…
Nathanaël : Tu deviens mauvais.
B.D : Le tabac, c’est pareil. Il crée une dépendance très rapide. On peut avoir la même dépendance avec le cannabis. Si tu fumais un joint dans ta vie, ce n’est pas grave. Le problème c’est qu’avec le joint, comme pour le tabac, des phénomènes nuisent à notre santé et à notre équilibre psychologique.
Nathanaël : On peut faire que les gens fument et se droguent de moins en moins…
B.D : J’adhère totalement à ce que tu dis. C’est ce que nous faisons à la ville de Paris. La drogue abîme trop l’être humain pour ne pas être combattue. Même s’il faut considérer le drogué comme un malade, donc l’accompagner, le soigner et l’aider.
Anaïs : C’est quoi l’aider ?
B.D : Lui permettre d’être traité pour sa dépendance.
Florent : Les drogues sont une sorte de dictature sur l’être humain.
B.D : Si l’homme en devient dépendant.
De Paris
Nathanaël : Depuis 1964, Paris est le département 75, comment ça se fait que Paris est un département ?
BD : Non, Paris est un département depuis longtemps sauf qu’il était organisé avec d’autres communes comme Neuilly, ou Clichy qui étaient dans le département de la Seine, et il n’y avait pas de maire à Paris, il y avait un conseil municipal qui donnait un avis mais c’était le préfet qui gérait Paris. En 1975, il y a eu une loi qui s’est mise en œuvre à partir des élections municipales de 1977, qui ont permis qu’il y ait un maire à Paris. Le premier maire de cette période-là a été Jacques Chirac et je ne sais plus à quelle période la Ville et le Département de Paris ont fusionné dans la même identité géographique et administrative. Aujourd’hui le maire de Paris est automatiquement le président du département de Paris. Donc tu vois, les élus de Paris sont des élus municipaux et départementaux et nous avons les attributions des communes, donc des conseils municipaux, et nous avons aussi les attributions des départements donc des conseils généraux.
Nathanaël : J’aimerais bien changer le nom de Paris en Lutèce, qu’elle reprenne son ancien nom.
B.D : Lutèce, c’est très joli, mais Paris me va très bien. Lutèce c’est bien pour le passé, pour le présent et pour l’avenir Paris me va mieux ! Tu sais comment s’appelaient les premiers habitants de Paris ?
Nathanaël : Lutéciens, lutéciennes…
B.D : Non. Les premiers habitants de ce village, gaulois au bord de la Seine, s’appelaient les parisis et c’est delà qu’est venu, après Lutèce, le nom de Paris. C’est donc remonter au-delà de Lutèce.
Stéphane : Vous prenez les bateaux-mouches ?
BD : C’est très beau les bateaux-mouches pour voir Paris de la Seine. C’est magnifique. J’habite à Paris depuis 30 ans et ce n’est qu’il y a 7 ou 8 ans que j’ai pu voire Paris de La Seine. En fait, on croit que c’est uniquement pour les touristes mais c’est somptueux de voir Paris des bateaux. La Seine c’est aussi un lieu à visiter. Avec le conseil municipal, nous voulons aussi qu’on puisse s’en servir pour se déplacer dans Paris. De la même manière que dans Paris, nous avons un métro, des autobus, et bientôt un tramway, qu’il y’a des pistes cyclables et des taxis, nous voulons développer les bateaux bus, notamment avec les communes voisines de Paris.
Paula : Il n’y a pas suffisamment de pistes cyclables.
BD : On en a fait beaucoup déjà, mais les associations de cyclistes nous disent que ce n’est pas assez donc on va en faire encore plus. On nous a demandé de faire deux pistes cyclables, une pour ceux qui font très bien du vélo et une autre pour les débutants. J’ai dit que là, ils exagéraient un peu. Mais on est vraiment pour les pistes cyclables.
François : Quels sont les autres défis que vous voulez relever maintenant que vous avez perdu les J.O de 2012 ?
BD : Tu sais, les J.O, c’était une très belle ambition car il y avait des gens très différents des uns des autres qui pouvaient servir le même objectif…Il n’y a pas eu de jeux olympiques à Paris depuis 1924, mais il s’est passé des choses magnifiques à Paris depuis 1924 ! Il faut absolument que tout ce qu’on a mis en œuvre, par exemple pour la justice à l’égard du logement, pour que Paris soit une ville dynamique économiquement, qu’elle crée des emplois, que ce soit une ville dynamique sur le plan culturel, pour qu’il y ait une vraie politique pour l’enfance, pour la jeunesse…Bref, tout ça. Paris est une ville qui a une histoire très riche mais qui doit inventer tous les jours, qui doit inventer du savoir-vivre, j’allais dire et de l’énergie positive pour demain. De l’énergie si possible au service de l’intelligence, de la beauté, des valeurs. Tout ça sollicite le maire toutes les secondes. Je ne manque ni de passion, ni d’ambition pour ma ville. Je n’ai pas besoin d’un substitut aux J.O. Je n’ai pas besoin de quelque chose pour compenser. Parce qu’avant l’ambition des jeux, j’avais déjà une ambition pour ma ville. Je continue de penser que cette ville est la plus belle du monde quelque soit son maire et qu’elle mérite qu’on lui donne le meilleur. Voilà !
François : Paris Plage ?
BD : Pendant un mois, l’été, cet endroit magnifique, est donné d’abord à ceux qui ne peuvent pas partir en vacances pour qu’ils puissent profiter de la beauté, de la rencontre, de la plage, de spectacles et d’activités sportives. Quatre millions de personnes sont passées sur un mois. Ça ta plu ?
François : C’était très beau.
BD : On va recommencer l’année prochaine.
Nathanaël : Tu fais des choses avec le 92?
BD : Je fais des choses avec tous les départements voisins.
Nathanaël : Mais j’aimerais bien qu’on en parle plus souvent.
BD : Oui j’aimerais bien souvent en faire plus.
René Pierre : C’est quoi exactement votre travail à la mairie de Paris ?
BD : Beaucoup de choses à faire : des écoles, des logements, des crèches, un tramway, beaucoup de lieux pour le sport, pour la culture, permettre qu’il y ait le plus d’entreprises possible pour créer des emplois, des richesses, des lieux dédiés à la culture, à la peinture, à la musique. C’est la vie de la cité : deux millions d’habitants, donc il faut s’occuper de tous les âges, de toutes les origines, et puis une histoire à assumer, une histoire qui se renouvelle tous les jours. C’est un gros boulot. Il faut se lever très tôt le matin, se coucher très tard le soir et travailler sept jours par semaine. Mais c’est passionnant.
De la carrière en politique
Florent : Quel ministre envisageriez-vous d’être ?
B.D : D’abord, je n’ai jamais été ministre, il y a peut-être eu des occasions où j’aurais pu l’être, mais ça ne me manque pas franchement.
Florent : Quel est votre plan de carrière ?
B.D : Je n’ai pas l’impression de faire une carrière. J’ai l’impression d’être engagé avec des convictions avec un idéal. À l’âge de 22 ans, j’ai décidé de devenir un militant politique au parti socialiste. Si on veut prendre des étapes : à 25 ans, François Mitterrand m’a proposé de travailler avec lui et je suis devenu à 26 ans conseiller municipal de Paris, à 31ans, député et dirigeant du P.S et, à 35 ans, je suis parti parce que j’en avais marre. Je suis revenu comme responsable des élus socialistes en 93, j’avais donc 43 ans et nous n’étions que 16 sur 163. L’idée de devenir Maire de Paris n’existait pas du tout. C’est seulement en 1995, aux élections municipales, les socialistes et la gauche m’ont demandé d’être tête de liste et à ce moment-là, on a gagné six arrondissements sur vingt et on a triplé les sièges. Et ainsi il s’est créé une réalité différente entre la gauche et la droite à Paris. J’avais 45 ans, j’ai arrêté mes activités professionnelles dans les entreprises que j’avais créées pour à nouveau m’investir dans la vie politique. Et il y a eu en 2001 cette élection municipale qui a vu la victoire des listes que je conduisais et je suis devenu Maire. Je me sens bien dans un parcours politique, je me sens bien dans la tentative imparfaite de servir un idéal. Je ne suis pas dans un plan de carrière. C’est-à-dire qu’au-delà de ce mandat, si je n’avais plus de responsabilités politiques, ça ne me dérangerait pas…
René Pierre : Qu’avez-vous fait avant d’être Maire de Paris ?
B.D : J’ai été un enfant, un adolescent, un étudiant, un cadre dans une entreprise privée, puis le collaborateur de François Mitterrand, puis de Lionel Jospin, puis comme je le disais, conseiller de Paris, député, j’ai été dirigeant du PS puis j’ai tout arrêté, j’ai monté une entreprise de communications qui m’appartenait donc, et puis après, je suis devenu sénateur.
Yann : A la télévision, on voit beaucoup d’images de guerres épouvantables.
B.D : Depuis que l’être humain existe, il a envie de dominer l’autre. Il a des pulsions de violences pour dominer l’autre et l’écraser. Des fois, c’est entre individus, des fois, c’est entre groupes, des fois c’est entre peuples, et aujourd’hui encore l’être humain a ses côtés éminemment cultivés, civilisés, doux aimant la beauté et l’amour et en même temps ses côtés éminemment barbares qui tentent de détruire l’autre. Nous sommes comme ça nous les êtres humains : doubles, magnifiques, et en même temps des salauds. Nous sommes à la fois des anges et des salauds.
De la cuisine
Yann : Aimez vous la gastronomie ?
BD : Oui je suis très gourmand, j’aime le chocolat. J’aime bien manger, mais je fais beaucoup de sport pour pas trop grossir. Tu verras quand tu auras mon âge. Quand on vieillit, si on ne fait pas de sport et qu’on ne surveille pas son régime, on grossit.
Yann : Quel plat réussissez-vous ?
BD : La cuisine, je la mange, mais je la fais pas, je laisse les autres exercer leurs talents.
René Pierre : C’est quoi votre plat préféré ?
B.D : Cela dépend des jours. Une des substances que je mange le plus c’est le chocolat.
Anaïs : Espèce de goinfre !
B.D : Ce n’est pas être goinfre, mais gourmand oui.
Des arts
Léonore : Tu aimes la musique classique ?
BD : Oui j’aime beaucoup la musique classique.
Léonore : Le boléro de Ravel…
BD : Est ce que tu connais Bellini, Donizetti ? Ce sont parmi d’autres, les compositeurs que je préfère.
Gildas : J’aime bien la musique.
BD : Quelle musique tu préfères ?
Gildas : Le piano.
BD : C’est beau le piano. D’ailleurs peut être qu’un jour on pourrait vous inviter à un concert à l’hôtel de ville. Par exemple hier il y avait les chanteurs à la croix de bois.
Florent : Aimez vous les arts, la littérature, les sciences ?
BD : D’abord j’aime beaucoup les arts, la peinture, et en particulier, la peinture abstraite, contemporaine. Je pense à des peintres comme Soulajes, et d’autres moins connus comme Lucas, Brice… J’aime beaucoup la littérature en particulier les romans. Récemment, il y’a deux livres que j’ai beaucoup aimé, le Philippe Delerm qui s’appelle « La bulle de Tiépolo » et l’autre de mon ami Philippe Besson qui s’appelle « Un instant d’abandon ». Très beaux. La science, j’aime beaucoup, mais je n’y connais pas grand-chose. Je n’ai pas l’esprit scientifique. J’ai créé autour de moi un conseil scientifique qui est présidé par un savant pour qu’il m’aide à encourager la science et la recherche à Paris. C’est vrai que j’ai plus le goût de lire un bon roman, un beau poème que de lire un traité scientifique.
Florent : Connaissez vous le musée d’Eugène Delacroix ?
BD :Non, je connais Eugène Delacroix. Son musée… est où exactement ?
F : Place de Furstenberg.
BD : Effectivement, je connais la place de Fürstenberg, une des plus belles places de Paris. Mais Eugène Delacroix, ce n’est pas la peinture que je préfère. Il y aura un musée Soulajes bientôt à Rodez car il y a donné beaucoup de ses œuvres, j’irai comme je suis allé à l’abbaye Sainte-Foy de Conques où tu as à la fois l’art roman et l’art moderne de Soulajes, justement. C’est à croire que je n’aime que Soulajes.
Florent : L’intérieur de cette abbatiale est décoré par Pierre Soulajes.
BD : Exactement, c’est Pierre Soulajes qui a fait les vitraux de cette somptueuse abbaye romane.
Du Sénat
Nathanaël : Ça marche comment le Sénat ?
BD : Le Sénat en règle générale c’est surtout des gens qui sont très proches des collectivités locales, des mairies, des conseils généraux. Le Sénat étudie toutes les lois comme l’Assemblée Nationale. Si les deux Chambres sont d’accord c’est bien, s’ils ne se mettent pas d’accord, c’est l’Assemblée Nationale qui a le dernier mot. Donc, le Sénat c’est une partie du Parlement français avec des parlementaires à égalité avec les autres simplement ils n’ont pas le dernier mot dans la fabrication des lois.
Nathanaël : Est-ce qu’il y a un sénateur par région ?
BD : Non il y a plusieurs sénateurs par département ; le département est plus petit que la région. Le nombre de sénateurs est proportionnel à la population.
Yann : A quelle heure ouvre le Sénat ?
BD : Aux heures de bureau, mais en ce moment il ne siège pas, la session parlementaire commence le 2 octobre , mais je pense que les bureaux sont ouverts quand même.
Des vacances et de la géographie
Johan : Vous êtes partis où en vacances ?
BD : Dans la ville où j’ai passé toute mon enfance, mes 14 premières années, qui est à l’extrême nord de la Tunisie. Elle s’appelle Bizerte. Je n’y suis pas né, je suis né à côté, à Tunis, mais j’y étais tout petit et j’y suis très très attaché. Il y a les amis de mes parents, les souvenirs de mes parents, mes camarades de classe, des lieux que j’ai fréquentés, il y a donc 55 ans et ça me touche beaucoup, un endroit que j’aime beaucoup.
Nathanaël : L’Eurasie, sais tu ce que c’est ?
BD : L’Eurasie ? je sais ce que sont les eurasiens, mais l’Eurasie c’est difficile. Les eurasiens ce sont des gens qui sont issus à la fois d’origine européenne et asiatique. Alors l’Eurasie, c’est quoi ?
Nathanaël : C’est l’Europe et l’Asie réunies, donc on est tous eurasiens.
BD : Si tu veux, mais on est tous citoyens du monde déjà… Mais l’eurasien, c’est celui qui a dans ses parents aussi bien des Européens et des asiatiques. Nous ne sommes pas tous de ces origines-là…
Nathanaël: On ne devrait pas dire comme ça, on devrait dire autrement et d’ailleurs, j’aimerais bien qu’on change le nom d’Union Européenne.
BD : Tu voudrais qu’on mette quoi à la place d’Union européenne ?
Nathanaël : Eurasienne !
BD : Eurasienne ? Si un jour il y a la Turquie ce sera en partie vrai.
Nathanaël : Mais j’aimerais bien aussi qu’on enlève le bleu foncé, et qu’on mette le violet à la place.
BD : Ça à mon avis ça va prendre plus de temps ! Tu préfères le violet pour des raisons uniquement esthétiques ou il y a une signification ?
N : Le continent européen et eurasien seront en violet.
BD : Bon si c’est ton choix.
Driss : On ne va pas abuser plus du temps du maire…Merci Monsieur Delanoë.
B.D : Cela m’a fait très plaisir de vous recevoir. J’aimerais beaucoup vous revoir, j’ai beaucoup de travail et je n’ai donc pas beaucoup de temps mais si on peut dans six mois, un an, je peux venir vous voir chez vous !