Le Papotin

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Numéros 19/20 -

TEXTE DU NUERO 18

Portraits de femmes

Dona, c’est une jeune fille. Mais elle fait tout à fait dame d’après sa tête. C’est-à-dire qu’elle se rapproche un peu d’une dame, d’après sa tête. Encore que ça ne se dise pas : c’est une jeune fille-dame si on veut.

C’est une dame, si on veut, mais une jeune dame !

Elle tire sur une dame d’après sa tête.

Mais pas « tirer » avec un fusil, donner un coup de fusil, ni tirer avec un revolver, donner un coup de revolver, ni tirer avec un arc et des flèches, comme on a fait à Saint Sébastien, autrement dit, pas tirer avec une arme, tirer qui veut dire se rapprocher, tirer dans ce sens là. C’est comme quand un bleu ressemble au violet, on dit qu’il tire sur le violet. Ni non plus tirer la chasse d’eau quand on va aux toilettes, ni non plus tirer un trait sur un cahier. Tirer dans le sens de se rapprocher. Mais cela ne veut pas dire qu’elle tire sur une dame avec un fusil ou un revolver. Cela ne veut pas dire qu’elle tire sur une dame avec une arme. Tirer au sens de se rapprocher.

Voilà, c’est entre jeune fille et dame. Encore que ça ne se dise pas : c’est une jeune fille en forme de dame si on veut. Elle se rapproche d’une dame d’après sa tête.

Tandis que Valérie, c’est une jeune fille-jeune fille, c’est-à-dire que c’est carrément une jeune fille.

Arnaud

Les femmes

Les femmes, il y en a des belles

Il y en a de pas trop belles

Les femmes peuvent être grandes

Les femmes peuvent être petites

Les femmes peuvent être gentilles

Les femmes peuvent être méchantes.
On les aime

Les femmes ont du nez

Elles voient un homme comme il est

Et elles l’épousent

Et le voilà marié

On leur met une bague.

Elles adorent se regarder.

Sébastien

Le mariage c’est important pour le bonheur

C’est important pour le désir

C’est important pour la vie

C’est important pour la maternité.

Au Maroc, on se marie

Et en Italie aussi

Ça peut arriver à tout le monde.

Laurent

Allez, va Jannot attaque !

C’est mon dernier jour.

Comme le temps passe !

Et que se passe-il ?

Rien !

C’est ma dernière nuit.

Et pas de femme dans ma chambre

Pour m’attendre.

Quand les gens

Tous les gens

Pensent que je suis fou.

Quand les gens courent, courent

Après leur travail, au bien être.

Les uns plus vite que les autres,

Quelques fois, j’y pense.

Pensées dures qui durent

Voir au revoir

Quelques fois j’y pense

Dans les métros

Je pense à quelle femme

Aimer avec mon cœur fragile.

Pas de nouvelle

Rien.

Que le temps par ce temps

Temps de fumée enfumée

Trottoir en trottoir

Le ciel ne parle pas aux oiseaux

Les rivières vaguent en vagues

L’histoire d’amour

Au téléphone bleu

Comme le ciel

Comme le sang amoureux.

Femme dans la douche

Femme dans sa fumée

Dis- moi, redis-moi

Dis- moi dans un souffle

La tendresse.

Face à cette fille

Face de rien savoir de quoi

Les solitaires en solitaire

Marchent

Je marche sans lumière

Face à cette fille,

Je regarde les ombres de ses rêves

Se dessiner dans la fumée

D’une vie en vie.

Robert

Le mariage c’est important pour le bonheur

C’est important pour le désir

C’est important pour la vie

C’est important pour la maternité.

Au Maroc, on se marie

Et en Italie aussi

Ça peut arriver à tout le monde.

Laurent

Le Mariage

L’Enfer est à droite et le Paradis à gauche.

L’homme c’est le paradis,

La femme c’est l’enfer.

Le mariage, c’est le Purgatoire :

Pas très bon, pas très chaud

Entre gentil et méchant

Entre mur et pas mur

Entre sale et pas sale

Entre casser et se casser.

Entre aimer et pas aimer

Entre Coke et Light

Le mariage, le purgatoire : c’est normal chez les normaux !

On est aveugle en Enfer.

Thomas L.

Le mariage

C’est le champagne, des bonbons, des ballons, des guirlandes, des fleurs.

C’est les gâteaux Papy Brossard

La sono, des spots, des grands baffles.

C’est les chapeaux, le gros nez, le cheveu rouge.

C’est la photo

C’est le cuisinier.

Steve M.

La peur

J’ai peur du professeur Cyclone à l’hosto

J’ai peur de Léo Ferré

J’ai peur de l’Himalaya

J’ai peur de ne pas avoir des « soudain »

J’ai peur des gens chiens

De Gustave, des fois, quand il aboie

J’ai peur quand on se perd

J’ai peur quand la soirée est trop longue

J’ai peur qu’on me passe un savon

Et qu’on me fasse remonter les bretelles.

J’ai peur d’être mordu

Pourquoi on mord la nourriture

J’ai peur du bruit de la nuit

J’ai peur quand on crie

J’ai peur des loups

J’ai peur de l’odeur du clochard

J’ai peur des gens coléreux, irascibles, qui hurlent comme des chiens enragés, les haineux, les loubards, les néonazis, les sales gueules, les pit-bulls, les fachos…

J’ai peur de ne pas savoir si c’est de la méchanceté ou de la plaisanterie.

C’est compliqué à dire la peur : J’ai peur depuis que je suis né !

Laurent, Arnaud, Thomas D, François D, Anaïs, Aleksandar, Carole, Alexandre B., Thomas

L.

La Tour Eiffel

La Tour Eiffel existe : Il y a des gens qui la regardent de haut.

Elle est bien jolie à regarder, elle est très sympa.

Elle est sous surveillance.

Des fois, il y a des voitures qui passent à côté,

Et des autobus, et des vélos, des métros, des motos.

Des fois, c’est à minuit,

Des fois, ça dépend quand on va se coucher.

Des fois, on va au magasin en acheter une :

Des fois, on peut en faire collection.

Des fois, la Tour Eiffel est toujours à Paris.
Des fois on pense qu’elle est très bien comme ça.

Des fois, elle a froid.

Des fois à la Tour Eiffel, il pleut,

Des fois, il neige,

Des fois il y a du brouillard

Des fois du verglas.
Des fois, à la Tour Eiffel,

Il y a des gens qui passent.

Des fois, il y a des vedettes, des acteurs de cinéma.

Des fois, la Tour Eiffel prend de la hauteur.

Des fois, c’est en dessin animé,

Des fois, on la voit au cinéma la Tour Eiffel,

Des fois, on la regarde de son lit.

Des fois, on prend son bain en regardant la Tour Eiffel.

Des fois, c’est joli à regarder quand ça brille.

Des fois, elle assiste aux défilés.

Des fois, on la regarde quand on est en vacances.

Des fois, on y va acheter des bonbons,

Des fois, on la prend en photos,

Des fois, les gens se mettent en rollers pour la regarder,

Des fois il y a des chiens qui pissent à ses pieds.

Des fois, on a intérêt à regarder la Tour Eiffel.

La Tour Eiffel est bien au ciel,

Quand il y a des nuages.

La Tour Eiffel est très haute en l’an 2000.

Il n’y a pas de fromagerie à la Tour Eiffel.

Laurent

J’ai fait un rêve

J’ai fait un rêve

J’ai fait un bon rêve

Et après un petit rêve.

J’étais tout seul dans mon petit rêve :

Je bois mon café à la maison,

Je fais mon lit ce matin

Et le soir je me lève tout seul

Moi et mon petit rêve

Et nous partons en vacances en Suisse.
Mon rêve me plaît

Ça me plaît de rêver

Je rêve de moi

Et au matin, je ne peux pas me lever.

Aleksandar

Le tunnel dans le rocher, le vendredi soir

Ma mère dit que je l’avais peut-être rêvé. Moi je trouve que c’était réel.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Si, si tu as raison, puisque le grat- grat, (c’est-à-dire le verglas), ça c’était passé en vrai.

Et puis après je m’imagine que je lui dise :

Alors pourquoi, maman, tu disais que je l’avais peut-être rêvé ?

Et qu’elle me dise :

Parce que ça faisait déjà tellement longtemps, et que je ne me souvenais plus bien, parce que tu sais qu’on ne peut pas se souvenir de tout.

Je m’imagine qu’elle me dise :

Tu étais encore tout petit.

Et j’imagine que je lui dise :

Et l’on allait où ce jour-là ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

À Meylan, parce qu’une fois, on avait voulu essayer d’aller à Meylan l’hiver.

Je m’imagine qu’elle me dise :

C’était la nuit, c’était avec la 403, et l’on était cinq dans la voiture : il y avait moi, il y avait papa, il y avait Yvonne et Alain,  et il y avait toi.

Et j’imagine qu’elle me dise encore :

C’était un tunnel taillé dans le rocher, il faisait tout noir dans ce tunnel.

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Et ce tunnel, il menait jusqu’à Fresnes, parce que ce tunnel, il devait être aussi long que celui de Fourvière .

Et là, j’imagine quelle continue à me dire  :

Si j’avais réussi à rentrer dans le tunnel, j’aurais mis la lumière bleue parce que j’aurais allumé les grands phares et, comme les grands phares, ça éclaire drôlement bien sur les voitures quand ça aurait été déjà bientôt la sortie du tunnel, on aurait risqué de s’apercevoir au loin. Et puis après on aurait pris l’autoroute et l’on aurait voyagé de nuit.

Si on avait réussi à aller à Meylan, je m’imagine qu’elle me dise :

Soit qu’on y serait allé d’un seul coup comme d’habitude, soit on se serait arrêté à l’hôtel pour passer la nuit.

Et j’imagine encore qu’elle me dise :

Remarque si on avait réussi à y aller à Meylan, on aurait pu aussi s’arrêter à l’hôtel pour passer la nuit si on avait préféré, et à ce moment-là on l’aurait fait, mais je pense plutôt qu’on serait allé à Meylan d’un seul coup comme d’habitude, comme Léonce et Madé quand ils allaient encore à Meylan en voiture.

J’imagine qu’elle me dise :

Parce qu’en ce temps-là j’étais plus jeune. Avant j’étais plus courageuse que maintenant, c’est-à-dire qu’autrefois, j’aimais bien conduire la nuit, c’est maintenant que je n’aime pas conduire la nuit.

Et je m’imagine encore qu’elle me dise :

Mais je me souviens que finalement qu’on n’était pas allé à Meylan, on était rentré à la maison.

Et j’imagine que je lui demande :

Pourquoi finalement on n’était pas allé à Meylan, on était rentré à la maison ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Parce que le verglas nous enquiquinait trop.

Mais je me souviens qu’elle me dise :

Mais ça avait l’air de drôlement te décevoir qu’on rentre, parce que, pauvre chou, tu l’aurais bien voulu ce voyage.

Et je m’imagine que je lui dise :

Je voudrais aller voir ce tunnel, j’aimerais le revoir !

Et j’imagine qu’elle me dise :

Mais Arnaud, il n’existe plus, il a été démoli.

Et je m’imagine que je lui dise mais est-ce qu’on n’était pas obligé de le démolir ?

Et qu’elle me dise :

Non, non, et qu’en plus c’était trop dommage, il était si sympathique ce tunnel.

Et j’imagine que je lui dise :

Est ce qu’on aurait pu aussi ne pas le démolir ce tunnel ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Oui, oui, absolument.

Et j’imagine encore que je lui demande :

Et pourquoi on l’a démoli ce tunnel ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Eh bien parce qu’on avait envi de le démolir.

Et j’imagine que je lui demande encore :

Et il était où ce tunnel quand il existait ?

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Tu sais la contre-allée où il y a la chapelle Notre Dame des Armées, c’était dans ce secteur-là, parce qu’avant, la route, elle continuait. Donc ce jour-là on avait fait comme si on allait à Notre Dame des Armées en voiture.

Et j’imagine encore qu’elle me dise :

Mais ce n’est pas tout, parce qu’à part qu’ils avaient démoli ce tunnel, ils ont démoli une bonne partie de la route et n’ont en laissé qu’un petit bout.

Et j’imagine que je lui dise :

Et est-ce qu’on pourrait aller voir ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Si tu veux ; mais tu sais tu ne reconnaîtras absolument pas, parce que depuis, ça a beaucoup changé et même, ça s’est construit à la place. Donc maintenant cette rue, elle est une impasse, parce que c’est devenu une impasse.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Tu ne reconnaîtras pas je te préviens.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Ce jour-là on avait pris tante Dédé dans la 403.

Et j’imagine que je lui dise :

Pourquoi on avait pris Madé dans la 403 ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Parce qu’elle avait voulu l’essayer.

J’imagine que je lui dise :

Et l’on allait où ce jour-là ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Repérer cet itinéraire pour partir à Meylan.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Comme quand tu étais enfant, tu aimais t’amuser avec des petites étiquettes d’oranges ; je me souviens que ce jour-là tu avais collé une petite étiquette d’orange sur le dossier du siège de la 403 pour t’amuser et tante Dédé avait fait ce geste-là avec son doigt pour essayer de l’ôter.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Et puisque, vu la manière dont la terre tourne, en été, les jours sont longs et les nuits sont courtes et qu’en hiver c’est le contraire, les jours sont courts et les nuits sont longues ; ce jour-là il avait fait nuit bleue, quand on était parti de la maison, c’est-à-dire qu’on était déjà entre chien et loup quand on était parti de la maison, et nuit noire quand on était du côté du tunnel.

Et j’imagine que je lui dise :

En plus que ce jour-là j’avais vu ton cadran allumé.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Oui, c’est bien possible parce que tu t’es mis derrière moi, c’est-à-dire que tu t’étais mis à gauche. Mais par contre il n’y avait pas Emmanuel avec nous ce jour-là.

Et j’imagine que je lui dise :

Et pourquoi il n’y avait pas Emmanuel avec nous ce jour-là ? J’imagine qu’elle me dise :

Parce qu’il était resté avec Mamy à la maison.

Et j’imagine que je lui dise : Et pourquoi il était resté avec ma grand’mère à la maison ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Parce qu’il n’y avait pas de place pour lui dans la voiture, c’était complet.

Puis je m’imagine que ma tante disait :

Si je descendais ne serait-ce pas la rue Montbauron ça ?

Et que ce jour-là, ma mère disait :

Mais elle n’allait pas vraiment descendre, elle avait dû dire ça pour blaguer. (Quelque chose comme ça).

Et je m’imagine que je dise encore à ma mère :

C’était un lundi ou un mardi, ou un mercredi, ou un jeudi, ou un vendredi ou un samedi ou un dimanche ?

Et je m’imagine qu’elle me dise :

C’était un vendredi, c’est-à-dire que c’était un vendredi soir.

Et aussi que je lui dise :

C’était pas le vendredi dont Barbara parlait dans la chanson « Joyeux Noël » quand elle disait « c’était 22 heures à peine ce vendredi-là… ».

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Non, non, il y a peu de chance.

(Mais ce n’était pas non plus le vendredi où l’on était parti au Maroc avec Antony et le Papotin. Ça s’écrit de la même manière, mais ce n’était absolument pas ce vendredi-là).

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Non, non, encore non plus. Si c’est ça que tu veux savoir, c’était un vendredi ordinaire, un vendredi où l’on ne fait pas maigre.

Et je m’imagine encore qu’elle me dise :

Mais dans tous les cas, c’est un vendredi d’il y a très très très très très longtemps.

Autrement dit je m’imagine qu’elle me dise :

C’est un vendredi d’il y a déjà longtemps, longtemps, longtemps.

(Je ne connaissais pas très bien les jours de la semaine, je ne connaissais que le mardi et le samedi quand j’étais enfant. Donc je m’imagine que c’était le vendredi sans que je le sache parce que je ne savais pas du tout que c’était vendredi. Quand j’étais petit, ma mère m’avait dit une fois : ce mardi, on va à l’école, et elle m’avait dit, après, une autre fois : samedi c’est le week-end. Je ne connaissais ni le lundi, ni le mercredi, ni le jeudi, ni le vendredi, quand j’étais petit, ni le dimanche.)

Je m’imagine encore qu’elle me dise ma mère :

Même en essayant bien, bien, on ne pouvait pas, car la voiture faisait ça, chaque fois.

Et j’imagine que je lui demande : pourquoi c’était un vendredi ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Parce les écoles où tu n’y allais pas le samedi, le vendredi soir, tu étais en week-end.

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Si ça se trouve, tu devais être encore à l’école maternelle. Et à l’école maternelle, tu ne restais jamais l’après-midi ; et tu ne déjeunais même jamais là-bas, tu rentrais toujours chez toi pour déjeuner.

Et je m’imagine que je lui dise :

Si on avait réussi à y aller à Meylan, on serait rentré quel jour de la semaine ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Soit un dimanche soit un lundi.

Et j’imagine que je lui dise :

Si on avait réussi à aller à Meylan, on serait resté combien de temps ?

Et je m’imagine qu’elle me dise :

Une bonne dizaine de jours ou une semaine, quelque chose comme ça.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Comme Emmanuel aurait été seul, c’aurait été Mamy qui se serait occupée de lui en notre absence. Elle serait venue pour lui faire sa toilette, lui faire à manger, le voir de temps en temps pour qu’il ne s’ennuie pas.

Et j’imagine encore qu’elle me dise :

Et comme Alain et Yvonne n’auraient pas eu la leur comme voiture c’est nous qui les aurions emmenés aux courses.

Et j’imagine qu’elle me dise :

Si on avait réussi à y aller à Meylan, au retour aussi, on l’aurait pris ce tunnel ?

Et j’imagine que je lui dise :

Ah ! non parce que quand il existait ce tunnel, il n’était que du côté de l’aller, il n’était pas du côté du retour. Mais par contre on n’aurait pas pris l’embranchement de Lyon, parce qu’à ce moment-là, l’embranchement de Lyon n’existait pas avant longtemps ; on aurait forcement pris le tunnel de Fourvière.

Et j’imagine que je lui dise encore :

Et si on avait réussi à aller à Meylan, on serait aussi rentré la nuit ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Ah non, on serait rentré le jour comme d’habitude parce que, comme on avait voulu partir la nuit, j’avais voulu essayer. C’est un essai que j’avais voulu faire.

Et je m’imagine qu’elle me dise encore :

Si on avait réussi à aller à Meylan, on se serait arrêté au restaurant pour manger, ce qui aurait fait notre dîner.

Et je m’imagine qu’elle me dise encore :

Si on avait réussi à y aller à Meylan ce jour-là, j’aurais fait des arrêts comme papa fait ; on ne serait pas allé d’un seul coup « voup ! » sans s’arrêter.

Et je m’imagine que je lui dise :

Si on avait réussi à y aller à Meylan ce jour-là, j’aurais vu l’Isère comme quand on va quitter l’autoroute dans le département et qu’on mange comme d’habitude ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Tu aurais vu exactement la même chose.

Je m’imagine qu’elle me dise :

Ce jour-là, on avait chargé la voiture, mais tu ne nous avais pas aidé parce que tu ne pouvais pas nous aider ; tu étais beaucoup trop petit.

Et je m’imagine que je dise à ma mère :

Si on m’avait vu ne pas aider mes parents, est-ce que Léonce et Madé ne m’auraient pas fait la réflexion que je ne vous aide pas ?

Et j’imagine que ma mère me dise :

Non, parce qu’ils auraient vu que tu étais beaucoup trop petit et beaucoup trop faible.

Et je m’imagine encore que ma mère me dise :

Et puisque le coffre de la 403 était beaucoup plus étroit que celui de la Maracas, je me souviens que ce jour-là, on avait pris des bagages plus petits à cause de l’étroitesse du coffre de manière à ce que ça tienne.

Je m’imagine encore que je lui dise :

Encore que ce jour-là, j’avais vu un magasin qui avait une devanture blanche, qui devait être une boulangerie ou une quincaillerie.

Et j’imagine que ma mère me dise :

Oui, c’était bien possible, parce que, avant il était immense ce bout de route.

Et j’imagine que ma mère me dise :

Remarque je ne savais pas du tout ce que c’était comme magasin, mais si ça se trouve c’était peut-être une quincaillerie, parce que des quincailleries, il y en a qui étaient rectangulaires de forme, pour certaines.

Et j’imagine encore que je lui dise :

Et est-ce que c’était Versailles ?

Et j’imagine qu’elle me dise :

Oui, oui, c’était Versailles, parce que tout ce qui est autour de nous là c’est Versailles.

Et après j’imagine qu’elle me dise :

Oui, oui, c’était Versailles parce que je ne pense pas qu’il devait y avoir le panneau barré qui veut dire qu’on quitte la ville.

Ensuite je m’imagine qu’elle me dise :

Non plus dans l’autre sens le panneau, pas barré, qui veut dire qu’on rentre dans la ville.

(Je n’ai pas continué sur les vendredis, parce qu’il y en a tellement et que ça n’en finirait même jamais. Je m’imagine que c’était un vendredi, c’est-à-dire que c’était un vendredi soir.)

Arnaud


Lorsqu’une mère de famille se retrouve à la rue, sans ressource, sans toit, il n’y a qu’auprès des clodos, des zonards, des Diogène qu’elle trouvera des hommes comme Jean Valjean, Gebbetto, Tavelle, l’Abbé Pierre. Albert Sweitzer, Henri Dunant, Vincent de Paul… des femmes comme Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Edith Piaf…

Il faut aller chez les zonards, les SDF qui vivent en ermites comme Diogène, parlent comme Socrate, car jamais les crimes, les meurtres, les plus révoltantes monstruosités, les choses inqualifiables, les faits impardonnables, ne sont commis par ce genre d’individu. Jamais les dictateurs, les tyrans, les vautours, les chacals, les monstres, les terroristes, les tueurs en série, les Barbe bleue, les Dutroux, les Mesrine , les Carlos, les Al Capone, les Staline, les Adolphe Hitler n’ont le profil d’un hipi, d’un Léonard de Vinci, d’un Socrate, d’un Gebbetto.

Carole